Épidémie de myopie chez les jeunes: haro sur la techno !

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Écrit par Prof. Langis Michaud OD, MSC, FAAO (Dipl), FSLS, FBCLA

Professeur Titulaire. École d'optométrie. Expertise en santé oculaire et usage des lentilles cornéennes spécialisées, Université de Montréal. Langis Michaud a reçu des financements de : Johnson et Johnson, Bausch * Lomb, Cooper Vision. Membre de l'Association des Optométristes du Québec
Cet article a été publié en français sur The Conversation, une source indépendante et sans but lucratif de nouvelles, d'analyses et de commentaires d'experts universitaires. L'information sur la divulgation est disponible sur le site original. READ in ENGLISH

Vous n’avez pas la berlue. De plus en plus de jeunes portent des lunettes pour corriger leur myopie. Dans le milieu de l’optique on parle d’épidémie.

Le même prototype de jeunes patients débarquent dans nos bureaux.

Langis Michaud OD

Langis Michaud

Je l’appellerai Pauline, mais cela pourrait être Jérémie ou Léo. Elle a 10 ans. Enfant studieuse, elle réussit bien à l’école. Comme tous les jeunes de son âge, elle adore utiliser sa tablette électronique pour étudier ou pour s’amuser. Elle s’y consacre deux heures par jour, davantage les fins de semaine.

Cela pourrait changer cependant. En effet, Pauline a récemment été diagnostiquée comme myope. Son optométriste a fortement recommandé à ses parents et à elle-même de limiter son usage des appareils électroniques et d’augmenter son temps à jouer dehors.

Elle trouve cela bien injuste…

Photo by Igor Starkov on Unsplash

La myopie affecte globalement 40 % de la population en Amérique du Nord, un nombre qui a doublé entre 1972 et 2004 et qui continue de croître à un rythme qui fait qualifier le phénomène d’épidémie (ndlr : en Europe la prévalence de la myopie atteint 47,2 % chez les adultes âgés de 25 à 29 ans, soit près du double de celle existant chez les adultes âgés de 55 à 59 ans).

Dès lors, il ne s’agit plus d’une banale erreur de la réfraction de l’œil qui se manifeste par une vision floue au loin, mais d’un enjeu réel de santé publique. On doit considérer, en effet, que la forte myopie augmente significativement le risque d’atteintes majeures de santé oculaire comme la déchirure de la rétine (x21), le glaucome (x40) ou les cataractes (x6).

En effet, un œil qui devient myope s’allonge. Cette élongation est proportionnelle à l’augmentation de la myopie avec les années. Or, plus l’œil s’étire et plus la rétine, qui en tapisse l’intérieur, s’amincit. Peuvent alors apparaître des craquelures, le développement anormal de vaisseaux sanguins sous-rétiniens, des hémorragies, etc.

À terme, le patient fort myope a plus de 50 % de risque de terminer sa vie aveugle légal, soit de vivre avec une vision réduite de plus de 60 %. Cela signifie que la longueur de son œil dépasse 28 mm (normale de 23 mm) ou que le niveau de myopie dépasse 6 dioptries. Il faut donc intervenir avant, pour ne pas atteindre ces niveaux.

(ndlr : en France, la cécité légale est définie par une acuité visuelle inférieure à 1/20 pour le meilleur œil après correction. Un aveugle légal voit donc, au mieux, 20 fois moins bien qu’une personne ayant une acuité normale).

Pourquoi une telle épidémie ?

Les causes de l’apparition de la myopie sont multifactorielles. La génétique joue un rôle important mais l’épigénétique, soit l’environnement dans lequel l’enfant évolue, est d’avantage à considérer.

Qu’y a-t-il donc de changé dans notre environnement pour expliquer l’épidémie récente de myopie ?

Photo by Hal Gatewood on Unsplash

C’est ici que se pointe la technologie. On constate la progression la plus rapide des problèmes visuels depuis l’arrivée du téléphone intelligent en 2007. L’appareil en soi n’émet pas de radiations nocives mais il oblige son utilisateur à lire à 20 cm au lieu de la distance normale de 45 à 50 cm. Cette distance rapprochée est associée à un risque 8 fois supérieur de développer une myopie, en particulier si les deux parents sont myopes.

L’éclairage ambiant joue également un rôle, puisque l’usage de fluorescents (comme dans les classes) favorise également la myopisation. Lorsque l’on utilise une tablette dans un tel environnement, l’effet se décuple.

Contrairement aux livres papier, les écrans des tablettes et ordinateurs sont associés optiquement à des aberrations dites chromatiques. Les longueurs d’onde les plus courtes (lumière bleue) sont perçues en avant des autres, par l’œil, ce qui génère un stimulus myopisant. Il existe ici un effet de dose/réponse, ce qui suggère qu’un usage prolongé entraîne davantage d’effets négatifs.

Les jeunes, grands utilisateurs d’électronique, jouent moins à l’extérieur que leurs prédécesseurs. Or, l’exposition à la lumière du jour a un effet protecteur contre la myopie. Cet effet bénéfique est moindre, mais non négligeable, durant les mois moins ensoleillés ou lorsque la myopie est déjà installée.

Des pistes de solution

Le but du traitement de la myopie est de réduire le taux de progression de la dioptrique mais surtout de ralentir l’élongation de l’œil. Si, de toute évidence, on ne peut pas jouer avec la génétique, il est impératif d’influencer l’épigénétique, donc l’environnement où l’enfant évolue.

Ainsi, il faudrait éviter l’usage de tout média électronique avant l’âge de deux ans, même pour quelques minutes. Par la suite, jusqu’à cinq ans, une limite d’une heure par jour est recommandée, en privilégiant le recours à des sites ou des applications éducatifs, qui favorisent une interaction entre le parent et l’enfant.

Par la suite, selon la demande de l’école, il faut également voir à limiter l’usage des médias électroniques. Un maximum d’une heure, en dehors des travaux scolaires, doit être observé. Les impacts peuvent être moindres si on observe alors une pause de deux minutes aux 30 minutes d’utilisation et éviter toute exposition au moins une heure avant le sommeil.

L’exposition à la lumière du jour peut être optimisée en marchant pour se rendre à l’école ou en ayant des activités sportives régulières à l’extérieur. Un minimum de 45 minutes par jour doit être visé.

La seconde étape est de s’assurer que la coordination des deux yeux, au loin mais surtout de près, est bien établie. L’optométriste effectuera un bilan orthoptique et corrigera, par exercice ou par moyen optique, toute anomalie qui aurait pu être décelée. (ndlr : La profession d'optométriste n'est pas la même au Québec et en France. Au Québec, les optométristes suivent une formation spécifique et pratiquent des actes réservés en France aux seuls orthoptistes, tels que le bilan orthoptique)

Finalement, la correction optique doit être choisie en fonction de plusieurs éléments et du taux de ralentissement de la progression souhaitée. Dans de rares cas des lunettes avec lentilles anti-myopie peuvent être prescrites. Elles procurent un taux de ralentissement de 30 % environ. Ce sont davantage des lentilles cornéennes spécialisées qui seront privilégiées. Ces dernières offrent un contrôle de 50 % à 80 %. Ce traitement par lentilles cornéennes est envisageable dès l’âge de sept ans, et il sera réévalué périodiquement selon les besoins changeant de l’enfant.

En résumé, la myopie n’est pas un banal défaut de vision. IL s’agit d’un facteur de risque important de pathologies oculaires graves. Il faut donc mettre tout en œuvre pour en ralentir sa progression et protéger la vision de nos enfants, ce qui implique également de revoir leur rapport aux appareils électroniques.

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Cet article est republié à partir de The Conversation sous une licence Creative Commons. L'information sur la divulgation est disponible sur le site original. Lire l'article original : https://theconversation.com/epidemie-de-myopie-chez-les-jeunes-haro-sur-la-techno-108952

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